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Le Libre est-il politique ?
 

par nojhan le 20 novembre 2004

Le succès du logiciel libre a entrainé la naissance d’un véritable mouvement culturel : le mouvement du Libre. Un sujet de débat très pratiqué sur les divers forums parlant du Libre est sa politisation. L’idée la plus couramment évoquée est que le Libre n’est pas politique... pourtant la moindre promenade sur un salon dédié au Libre laisse un sentiment mitigé : les partisans du libre semble bel et bien portés par un sentiment politique. Alors, le Libre est-il politique ou non ?

Définitions

Vous l’avez sans doute remarqué, lors d’un débat particulièrement houleux (on dirait un « troll » dans les milieux autorisés), on fini souvent par se rendre compte que ce qui oppose les protagonistes n’est en fait rien d’autre que des définitions différentes d’un même mot.

Aussi, allons-y pour quelques paragraphes sur la définition de « Libre » et de « politique ». Ceux qui pensent qu’il n’y a point de salut hors du Petit Robert seraient bien inspirés de détourner les yeux, je préfère leurs cacher la violence sémantique de ces pages.

Politique

Du point de vue linguistique, le mot politique vient de la racine grecque polis (« cité » ou « ville »), génial. D’après le Petit Larousse, est politique ce qui est « relatif à l’organisation du pouvoir dans l’État », super.

Malheureusement, il est évident que ce n’est pas aussi simple que ça, le mot « état » étant déjà difficile à définir... Pour ne pas partir dans un délire de définitions, je vais me permettre de trancher dans le vif du sujet. Pour moi, est politique ce qui est relatif à un projet social, ce qui cherche à faire fonctionner et/ou évoluer la société.

Libre

Je mets sciemment un « L » majuscule, pour désigner dans son ensemble le mouvement qui se désigne lui même par ce nom, le mot minuscule étant plutôt utilisé pour l’adjectif (« ce logiciel est libre, Max »).

On entend souvent comme définition du Libre, l’énoncé des « quatre libertés », dont la paternité est attribuée à Richard Matthew Stallman (cf. le site de la Free Software Fundation), et qui concernent le logiciel :

  1. la liberté d’exécuter le programme, pour tous les usages ;
  2. la liberté d’étudier le fonctionnement du programme, et de l’adapter à ses besoins ;
  3. la liberté de redistribuer des copies ;
  4. la liberté d’améliorer le programme et de publier ses améliorations.

Le mouvement du Libre

Depuis le succès du logiciel libre, on a vu fleurir ça et là des initiatives visant à étendre la philosophie du Libre à plusieurs domaines. Citons pour l’exemple l’art (Licence art libre) ou plus généralement toute oeuvre (avec les bien connues licences creative commons, notamment wikipédia) ou encore la recherche scientifique (projet science commons par exemple).

Cependant, le Libre ne se réduit pas à un simple problème de licences, il fait l’objet d’une véritable culture, avec ses codes. Eric Steven Raymond (dit « ESR »), une figure assez connue dans le « milieu », a tenté de décrypter les fondements du logiciel libre, dans ses célèbres essais (La cathédrale et le bazaar, À la conquète de la noosphère, ...).

Un point (parmi d’autres) que Eric S. Raymond aborde dans ses essais est l’importance du modèle de developpement dans le logiciel libre. Si le libre marche, c’est en effet aussi parce que des licences libres sont extrêmement souvent associées à une ou plusieurs organisations particulières du travail. Cette organisation se veut la plus « communautaire », la plus « collaborative » possible, et s’appuie sur la facilité de communication offerte par l’Internet. La force du libre tiens en effet autant à ses licences qu’à la culture qui lui est associé.

Les tendances du Libre

En lisant Eric S. Raymond, on peut se rendre compte qu’il existe, en très gros, deux approches du Libre. La première, est qualifiée par lui de « fanatique, anti-commerciale », et la seconde de « pragamatique, commerciale ». On le voit, les adjectifs sont orientés, Eric S. Raymond se réclamant lui même de la seconde catégorie.

En pratique, les deux tendances sont représentées par la Free Software Fundation (FSF) et Richard M. Stallman (dit « RMS ») d’un coté, et l’Open Source Initiative (OSI) et Eric S. Raymond/Bruce Perens (le milieu du libre étant friand de héros, je les cite).

La première tendance est généralement centrée autour de l’utilisateur (qui dois garder ses libertées), alors que la seconde met plus l’accent sur l’oeuvre (qui est censée être techniquement meilleure). En très gros, les extrémistes de la première tendance considère le Libre comme une fin, alors que les extrémistes de la seconde le considère comme un moyen. En pratique bien sur, les choses sont plus nuancées, les divergences sont sommes toutes assez peu visibles si l’ont considère l’ensemble des « libristes » (membres de la communauté du Libre, ensemble relativement difficile à cerner s’il en est).

Le lecteur attentif aura compris que là, on commence déjà à parler un peu de politique. Il y a en effet des relents de la fameuse séparation gauche/droite (républicains/démocrates ou encore conservateurs/travaillistes, selon votre pays) dans ce clivage FSF/OSI.

Le Libre « à la FSF » insiste ainsi sur l’entraide, le partage, sur le fait que l’utilisateur doit être au centre des préoccupations, que l’échange de l’information doit être facile, que tous doivent avoir un accès libre aux données, etc. Il est généralement qualifié de « logiciel libre » au sens strict. Le Libre « à l’OSI » lui, insiste sur le coté technique du produit, le fait que le Libre est un outil, la liberté d’en faire ce que l’on veut et plus particulièrement de l’exploiter de façon commerciale. Il est plutôt qualifié de logiciel « open source ». Schématiquement, je dirais que c’est « égalité » contre « liberté », « partage » contre « transparence ».

Le point de désaccord le plus connu entre ces deux tendance est sans doute la General Public Licence (GPL), publiée par la FSF, et sa fameuse clause virale. La GPL stipule en effet que tout travail dérivé doit être placé sous la même licence, elle se transmet donc de modification en modification, d’où la qualification de « virale ». Les opposants à cette clause affirment qu’elle restreint la liberté d’utilisation, et lui préfère des licences comme la Berkeley Software Distribution (BSD).

Le Libre et la politique ?

Un raccourci facile serait alors de considérer que le Libre au sens strict représente une tendance de gauche, alors que « l’open source » serait de droite.

Évidemment, on parle ici d’une interprétation de ce que devrais être le Libre selon untel, et pas de ce qu’est le Libre en lui même, dans la pratique. De ce point de vue, le Libre est avant tout technique, il est un ensemble de licences et de pratiques. Il n’est donc pas politique, c’est un outil.

Cependant les choses ne sont pas aussi simple. En effet, le Libre possède à mon sens quelque chose en plus qu’un simple outil. Le Libre a derrière lui une culture, un mouvement social. C’est cette culture qui fait toute la différence. Les facheux diront que la culture derrière le Libre n’est pas le Libre, je répond soit, alors on ne parle pas de la même chose et la discussion s’arrête là.

Je pense que le Libre n’est pas seulement une licence, qu’il n’est pas réductible à une méthode de travail tout comme il n’est pas uniquement une culture communautaire. Le Libre regroupe les trois à la fois, le Libre possède un ensemble de valeurs ainsi qu’un projet et ce projet concerne l’utilisateur.

Le projet du Libre

Oui, le libre a un projet, ou plus précisément des projets. Ces projets concernent la société général et notamment les « utilisateurs ». À mon sens, il existe une volontée commune à tout les projets libres, celle de placer l’utilisateur au sein du processus créatif. On décrit volontier le Libre comme étant fait par et pour les utilisateurs. Non seulement l’utilisateur est un consommateur de ce que produit le Libre, mais il est aussi acteur

Peut être que l’exemple le plus parlant dans ce sens est l’encyclopédie Wikipédia, qui place le lecteur dans le rôle du rédacteur. Jean-Baptiste Soufron a déjà pointé du doigt cet état de fait en qualifiant Wikipédia de seule véritable encyclopédie.

Dans la même veine, je vais me contenter de citer Anthère, qui résume assez bien le projet politique de Wikipédia :

« Wikipédia n’est pas seulement destiné à être une source d’information, mais cherche à modifier globalement un système de fonctionnement. Elle reconnait les capacités individuelles, pousse à l’implication personnelle au sein de la dynamique sociale et met en évidence les bénéfices de la coopération. »

C’est cette volontée de changer un comportement, de faire évoluer la société qui peut être qualifiée de politique.

Alors ? Le Libre, de droite ou de gauche ? À moins que la volontée de remettre l’utilisateur au centre de la culture (au sens large) soit étiquettée, on ne peut décemment pas trancher. Cependant, si le Libre n’est pas classifiable dans un type de politique, il n’en reste pas moins un mouvement politisé.

Conclusion

Le Libre en tant que culture rassemble sous un même terme des licences, des modèles de développement et une communauté. Bien qu’interprété de deux manières plus ou moins différentes, il reste un outil social capable de véhiculer un message politique. Ce message porte le projet de placer l’utilisateur au sein du processus créatif, de le rendre acteur de sa culture.

Évidemment ce n’est peut être pas le seul aspect politique du Libre, mais c’est à mon avis l’un des plus important.


Commentaires

Par arnaudle 5 novembre 2005 : > Le Libre est-il politique ?

Merci pour cette synthèse claire et efficace. Ne retrouve t’on pas là une séparation entre deux conceptions de la société : 1 - la société comme lieu d’un projet collectif dont les moteurs psychologiques seraient le plaisir de la collaboration, l’esprit créatif, la curiosité. 2 - La société comme lieu d’échanges gagnant/gagnant (client/fournisseur, employeur/employé ...) où le moteur psychologique serait le désir individuel d’améliorer ses conditions de vie et donc par extension le désir de promotion sociale.

Ce qui recoupe votre distinction entre logiciel libre comme fin ou comme moyen.

Arnaud (Passionné d’IA http://quisuis-je.com)

PS : Bravo pour votre site très bien fait.


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